Quel avenir pour la nouvelle économie de l’ère du digital ? La transition difficile…

Le 4 Nov 2014

Publié le 04 novembre 2014, par Arthur d’Hausen.

Une nouvelle économie à l'ère du digital

Beaucoup s’en sont déjà plus ou moins aperçu : Une nouvelle ère commence et les nouvelles technologies ont entamé une transformation structurelle de notre économie… Certains vénèrent cette transformation comme l’avènement du progrès technologiques venant améliorer une fois de plus la condition humaine. D’autres prédisent au contraire un destin néfaste de la transition digitale, par l’incapacité des acteurs à s’adapter aux nouvelles règles de l’internet et des automates. D’autres encore vont jusqu’à dessiner des scénarios apocalyptiques venant « détruire l’Humanité ». Des pratiques sociétales au marché du travail, quel avenir nous réserve l’économie de l’ère du digital ?

De l’éloge lobbyiste à la dure réalité de la transition digitale :

La grande contradiction de l’économie du digital réside dans l’absence d’une étude sérieuse et objective pour analyser l’impact des nouvelles technologies sur le travail et l’économie. En effet, aucunes statistiques publiques n’existent à l’heure actuelle et les seuls travaux délivrés sont l’œuvre de cabinets privés. Or, ces études se rapprochent beaucoup plus de thèses socio-économiques, qui tentent de prédire ce que nous réserve la future ère du digital.

Le cabinet McKinsey avait délivré une étude très rassurante sur la question, « L’Impact [positif] d’internet sur l’économie Française ». L’étude sortie en mars 2011 prévoyait pour 2015 en France, une valeur ajoutée de 130 milliards €, soit plus de 5,5% du PIB Français. Or, l’une des thèses de ce rapport se déclinait ainsi : « une vision dynamique met en lumière l’ampleur de la réalité économique que regroupe le web, en établissant qu’il a contribué pour environ ¼ de la croissance sur la période 1995-2010, il a contribué dans les mêmes proportions à la création d’emploi en France », soit une création de plus de 700 000 emplois. Or, on le constate aujourd’hui, la croissance n’est pas du tout subordonnée à la création d’emploi, et le digital pourrait même mettre en danger cette variable de l’économie.

Une étude du cabinet Roland Berger, paru le 27 octobre 2014, estime à 3 millions le nombre d’emplois détruits par le digital d’ici à 2025. Selon ces travaux, le digital n’amènera ni croissance ni emplois ; du moins pas tout de suite. Malgré sa forte croissance, il aurait un impact sur l’Emploi très négatif à court terme, et un avenir très incertain. (Voir l’article 3 millions d’emplois menacés à cause du numérique.)

La dure réalité de l’emploi, les paradoxes du tout digital.

Il semble que trois points de divergence viennent mettre en contradiction l’économie du digital et l’Emploi, venant soulever des débats tant philosophique que socio-économiques et politique…

  • De la libération du travail par le digital

Cela rappelle l’un des paradoxes des théories marxiste ; Prônant les valeurs du travail, le progrès technique selon Marx avait pour finalité de libérer les hommes du travail… La philosophe Hannah Arendt expose d’ailleurs très clairement cette thèse dans Condition de l’Homme Moderne, (1958) : cette libération du travail n’amènerait, selon elle qu’à une privatisation pour l’Homme. « L’élimination parfaite de la peine et de l’effort du travail déroberait à la vie biologique ses plaisirs les plus naturels, et pire encore, priverait la vie spécifiquement humaine, de toute sa vitalité et de toute son animation. […] Pour les mortels, la vie des dieux serait une vie sans vie. »

Pourtant, l’un des points communs entre marxisme et capitalisme est bien cette vision de l’émancipation du travail… Seuls les moyens d’arriver à cet idéal est différent ; Le capitalisme recherche à maximiser la rentabilité du capital. Or, il faut le préciser, l’ère du digital a intégré cette logique capitalistique dans la recherche de profit, et même le web, sous ses apparences de gratuité, repose entièrement sur ce modèle économique. En effet, le capital est beaucoup plus rentable s’il réduit le volume de main d’œuvre nécessaire à sa croissance.

Or, nous y sommes presque aujourd’hui ! La technologie est à l’aube de concurrencer le travail de l’homme et de remporter la course de l’efficacité pour subvenir aux besoins, aux loisirs et aux folies de l’humanité …

  • De la recherche de talents à l’investissement en informatique

Les chiffres du chômage pour le secteur du digital aujourd’hui, illustrent bien le second paradoxe de l’emploi. Alors que l’économie du digital est en pleine croissance aujourd’hui, l’emploi ne suit pas. En effet, la force de l’économie sur le web est la captation d’un public très large dans un temps record et avec peu d’effort de travail. Il en est de même pour le big data et les programmes d’automatisation qui viennent défier la capacité du travail humain. Le digital révolutionne le rapport à l’emploi ; autrefois, à la valeur ajoutée se subordonnait la création d’emploi. Or, aujourd’hui, le digital a dépassé les limites de la productivité industrielle.

L’un des meilleurs exemples est WhatsApp, l’application mobile rachetée par Facebook à 19 milliards de dollars alors qu’elle n’employait que 55 personnes. L’identité même du digital réside dans ce gain de valeur par tête, ce qui pourrait à plus long terme, renforcer les inégalités sociales, des concepteurs de programmes aux petites mains utilisant un logiciel qui travaille à leur place.

Bernard Bonche, Chargé d’enseignement en STIC au Conservatoire National des Arts et Métiers va plus loin dans cette analyse. L’échec économique actuel vient selon lui en partie du non-investissement technologique. « Le critère d’investissement est la rentabilité financière à court terme, voir très court terme et la technologie est en concurrence avec la main d’œuvre bon marché, venant de l’est Européen ou d’Asie. Mais attention : qui achète et où ? Si les acheteurs traditionnels sont au chômage, ils ne peuvent plus acheter, et si les pays à bas coût de main d’œuvre s’enrichissent alors ils peuvent acheter mais leur main d’œuvre ne sera plus bon marché. Les investissements technologiques seront alors de nouveau rentables avec un ROI (retour sur investissement) acceptable. […]

Nous en sommes là : choisir la mutation technologique pour survivre et relancer la machine génératrice de l’économie réelle ou continuer sur notre lancée et ne voir que le gain à très court terme et disparaître. »

  • De la recherche d’un coupable en temps de crise

Le troisième paradoxe du digital concerne l’e-commerce, venant bouleverser de nombreuses professions autrefois règlementées. Les libraires sont menacés par Amazon, les taxis doivent rivaliser avec Uber, pharmaciens, notaires … tous sont mis en danger par l’e-commerce B to C et C to C. A l’inverse, les professions réglementées concernées doivent respecter les taxes et les prix imposés par l’Etat et ne peuvent pas concurrencer avec la non-régulation du commerce en ligne. Pourtant, à priori, ces nouveaux acteurs du web, e-commerçants et e-consommateurs semblent tous y gagner, d’autant plus qu’ils n’ont rien à se reprocher … Et les professions réglementées concernées n’ont d’autre moyen d’action que de réclamer une meilleure régulation de cette nouvelle économie en manifestant contre l’Etat.

Transition passagère où transformation durable pour la nouvelle économie digitale ?

En effet, c’est à l’Etat que revient la charge de réguler la transition digitale et d’adapter les nouvelles conditions de jeu aux acteurs de l’économie française, notamment pour l’emploi.

René Lefebure, Directeur R&D chez Conexance, témoigne dans ce sens. « Le digital a dépassé la taille critique … Son importance nécessite une intégration plus forte dans les processus et dans les systèmes d informations. De nouveaux métiers apparaîtront pour passer d une logique de vente de produits à une logique servicielle : on ne vendra plus seulement une chaussure de sport mais un moyen de contrôler sa performance, non pas une assurance mais un moyen de limiter ses risques …. Autant de nouveaux métiers auxquels il faut se préparer…»

L’économie ne va pas se digitaliser à 100%. Le modèle de « click and mortar » (coexistence des plateformes web et des magasins) en est le plus bel exemple et reflète certainement l’apparition de ce nouveau modèle de société digitalisée. L’innovation et la forte croissance du secteur du digital et de l’informatique promettent de nouvelles activités, de nouveaux modes de production et de consommation. De plus, l’enrichissement des états émergents semble prôner une réforme de nos systèmes de régulation et de nos niveaux de vie, en France et en Europe. La mission de préparer l’avenir incertain est donc un enjeu politique qui concerne tous les acteurs de cette nouvelle ère : accompagner la transition digitale et préparer l’Emploi de demain.

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